
Jack Starrett a commencé sa carrière comme acteur, on le retrouve au générique de quelques films de Bikers des années 60 produits par AIP (Hell’s angels on the wheels, The Born Losers, Angels from Hell, etc.). Il passa de peu auprès de la légende : Rip Torn, qui devait initialement jouer le rôle de Hanson, l’avocat texan d’Easy Rider, s’étant battu dans un restaurant avec Dennis Hopper (au couteau à beurre !), le metteur en scène porta alors son choix sur Starrett, avant que son producteur, Bart Schneider ne lui impose son ami Jack Nicholson. Starrett passa à la mise en scène en 1969 avec encore un film de Bikers, Run angel run - il réalisa quelques années plus tard l’un des plus cultissimes du genre, le fameux Nam’s angels, sorte de remake des Douze salopards en pleine guerre du viet-nam, qui met en scène un commando de Hell’s Angels cassant du Viet-Cong ! Suivront quelques fleurons de la Blaxploitation, Cleopatra Jones (Dynamite Jones en zone 2), Slaughter, ou encore, en 1975, un Race with the devil (Course contre l’enfer en zone 2), avec Peter Fonda et Warren Oates aux prises avec des satanistes ! C’est en 1974 que Jack Starrett met en scène ce qui est certainement son chef d’œuvre, The Gravy Train, plus connu sous le titre The Dion’s Brothers.
Le film est né dans l’esprit d’un jeune inconnu, Terence Malick, qui, issu du Center for Advanced Film Studies en 1969 s’était fait les dents sur Dirty Harry (tout comme John Milius) et sur l’injustement oublié Drive He Said, mis en scène par Jack Nicholson, avant d’écrire, entre 1970 et 1971, trois scénarios, deux originaux, Deadhead Miles (un road movie dans la lignée de Vanishing Point ou de Two Lane Blacktop, première production de Tony Bill, que Vernon Zimmerman mettra en scène en 1972), The Gravy Train et l’adaptation d’un roman de JPS Brown, Pocket Money ( Les indésirables en Vf, mis en scène en 1972 par Stuart Rosenberg, avec Paul Newman et Lee Marvin). Trois scénarios qui se caractérisent par un humour et un sens de la comédie omniprésents qu’on en retrouvera guère dans ses œuvres ultérieures. Jonathan Taplin, ancien tour manager de Dylan et du Band, qui se lançait alors dans la production acheta les droits de The Gravy Train, en même temps que ceux de Mean Streets, écrit par un autre inconnu, Martin Scorcese. Malick devait mettre en scène The Gravy Train, mais, suite à des désaccords avec Taplin, il abandonna le projet, prit un pseudo, David Whitney, pour signer sa contribution et le bébé fut confié à Starrett.
The Gravy Train conte l’aventure de deux frères, ouvriers dans une usine des Appalaches, qui décident du jour au lendemain de quitter leur boulot pour se lancer dans des activités criminelles à Washington DC, afin d’avoir un train de vie plus décent. Le film fut distribué par la Columbia, qui le sortit une première fois en juin 1974 sous le titre The Gravy Train, puis, devant l’échec public, une seconde fois en novembre de la même année sous le titre The Dion’s brothers, sans plus de succès.

Cette superbe rarity réussit à doser parfaitement un cocktail pourtant délicat : réalisme social (on sent la patte de Malick derrière le destin tragique de ces deux losers – à qui Frederik Forrest et Stacy Keach donnent une véritable épaisseur – mais est-il utile de le préciser ?), comédie désopilante (aussi bien dans les dialogues que les situations - le rêve de nos deux outlaws n’est pas de fonder un empire du crime, mais tout bonnement d’ouvrir un restaurant de fruit de mer…), et film d’action virtuose (la touch Jack Starrett cette fois, avec de superbes coups de feu qui sonnent comme dans les westerns spaghetti). Malick et Starrett – l’accouplement contre-nature par excellence donne ainsi naissance par on ne sait quel miracle à un patchwork parfaitement équilibré – et on comprend très vite pourquoi Tarantino revendique cette Magnum Farce comme une de ses influences majeures. Vous avez dit cool ?
"Look at me! Kirk-fucking-Douglas!!"